L’amour des mots…

L’amour des mots…

14 février 2019 6 Par Les trucs à Cricri

Et oui, nous sommes le 14 février et le 14 février c’est la journée de la saint Valentin, la journée des amoureux, la journée ou l’on exprime à l’autre avec un cadeau , des fleurs ou des baisers, ce qu’on devrait lui dire chaque jour.

J’avais envie de vous faire un petit article pour ce jour dédié à l’amour.

Je n’ai pas de grande passion à vous raconter, pas de valentin à fêter.

Je pourrais fêter mon amour en la vie, mes plaisirs journaliers, les gens que j’aime, là au fond de mon cœur.

Je pense à deux particulièrement, que j’ai porté, chéri, soutenu pendant des longues années et qui m’apportent foi en demain, mais pour eux, pas besoin d’une date particulière, car chaque jour quand j’ouvre mes yeux, je pense à eux deux, chaque moment intense de ma vie , ils sont là, quand je suis heureuse, ils sont là, quand je suis triste, ils y sont aussi… Donc aujourd’hui n’est pas une journée pour eux (même si je sais qu’ils se reconnaîtront: je vous aime! 😀 ).

J’avais envie de fêter, de fêter un truc important, le plaisir, mon plaisir…

Des plaisirs on en a beaucoup, certains sont tout petits, comme le piaillement des oiseaux au réveil et d’autres énormes comme ce voyage que je prépare et dont je vous parlerai bientôt.

Et puis mes plaisirs, les miens, ceux qui me sont chers, qui font que ma vie est agréable, qui font supporter toute la semaine des clients grognons au téléphone, un patron qui bosse comme un dingue et qui demande le même investissement à son équipe, l’hiver et le froid de ma Haute Savoie moi qui ai tant besoin de soleil, ces pauvres 5 semaines de vacances que j’essaye d’exploiter au mieux, alors qu’il m’en faudrait au moins le double, pour aller rendre visite à ceux qui habitent loin et que je voudrai voir un peu plus souvent, à tout ces pays que je n’ai pas encore vu, à ces stages de yoga, bien être et méditation que je voudrais faire, à ces routes de campagne que je n’ai pas encore prise avec ma Twingo violette, le toit ouvert, la musique à fond, et ces week end que je voudrai passer avec mes enfants, juste nous trois pour 48 ou 72 heures, pour enfin se dire qu’on s’aime et se prendre dans les bras…

Tout ce temps qu’on n’à pas, vous savez ce que c’est, hein vous aussi?

Je suis pas la seule à vivre cette frustration du temps qui passe à une allure d’enfer, parfois on voudrait comme avant sur le tourne disque passer du 45 tours au 33 juste un moment…. une pause…

Ces plaisirs, comme je suis seule dans ma vie, j’ai le temps de me les accorder, ou plutôt j’ai décidé d’en faire ma priorité, j’ai passé beaucoup de temps à m’occuper des autres et à me soucier de ce que les autres pensent, aujourd’hui j’ai décidé de « m’en foutre », de m’occuper de moi, de prendre soin de moi et de mettre dans ma vie, autant de bonheur que de trucs galère pour équilibrer la balance et pourquoi pas même si possible la faire pencher dans l’autre sens.

Mes plaisirs à moi?

Ce blog en est le reflet, la couture, le cinéma, la musique, l’écriture,  et tant d’autres choses, mais aussi la lecture.

Aujourd’hui je veux fêter cette Saint Valentin, aux livres, à la lecture, mais particulièrement à un auteur, un auteur que j’adore…

Ce n’est pas lui que je voudrai fêter, car je ne le connais pas, mais ces romans, les phrases qu’il écrit, les sentiments qu’il décrits, l’état dans lequel ces romans me mettent et le plaisir que je peux savourer d’avance quand j’achète un de ces textes et l’envie de découvrir la nouvelle trame de son histoire.

Cet auteur, c’est Philippe Besson.

Ma saint Valentin 2019 sera pour lui, le romancier, pour ce plaisir qu’il me procure à travers ses histoires d’amour. Car c’est avec l’amour qu’il nous berce, tout le temps.

Une petit madeleine de Proust!

Hier j’ai été faire une cueillette de bouquins ( vous pourrez la retrouver en pied de page du blog, le Besson en fait parti) dans la petite librairie de ma ville, y a que dans les librairies qu’on peut faire sa cueillette, ces lieux sont propices à la découverte et à cet état d’écoute à nos sensations littéraires (je vais pas vous faire mon laïus habituel sur les gros géant d’internet qui tuent le marché et les petits commerçants de nos villes… ça sera peut être pour une autre fois, mais je suis très attaché aux petites librairies).

Dans cette cueillette il y avait l’avant dernier Besson, j’achète en poche, il me faudra attendre la sortie du nouveau dans quelques mois en poche (3 eme trimestre 2019 j’imagine). Arrête avec tes mensonges chez 10/18.

arrete avec tes mensonges

Depuis hier, je me prépare à attaquer cette lecture, qui je sais, sera rapide, car celui ci est très fin, 160 pages seulement, d’avance je savoure ce moment, je sais ce que je vais y trouver, et je sais ce qu’il faut pour enrober ce moment de plaisir.

Un peu comme une soirée qu’il faut préparer en amont pour qu’elle soit réussie, il faut choisir le décor, la musique, sa tenue, mais aussi inviter les bonnes personnes beaucoup de choses pour assurer la réussite du moment.

On ne lis pas Besson dans n’importe quelle condition, sur le coin d’une table, sinon on gâche et faut pas gâcher: car même s’il nous sort un bouquin par an, chacun est une boite à trésor, à ouvrir avec délicatesse et à savourer.

De grosses chaussettes bien épaisses pour mettre les pieds au chaud, un canapé moelleux avec de bons coussins pour caler son dos, un plaid douillet, une grosse quantité de roïbos bien chaud, et la playlist qui va bien, en fond sonore, juste pour l’ambiance, avec pourquoi pas, car ça se marie bien « My cottonflower de Moriarty », »Try me de Esther Phillips » ou « Burn de Lou Doillon »; mais chacun ses goûts, l’important c’est que le son soit doux pour laisser les mots faire leur effet; couper portable, télé, sonnette (pour moi pas de soucis personne ne sonne jamais, enfin ça sonne surement des fois , mais on l’entend pas… 😉 ).

Religieusement, on ouvre la première page, on se lance en bloquant sa respiration on se jette dans le vide, comme Alice quand elle se jette dans le toboggan du temps; et là on est dans un autre monde… Celui de BESSON.

Ça sent la douceur Chez Besson, les sentiments, la bienveillance, le soleil ou même s’il pleut, une certaine moiteur, l’adolescence; ça sent le sable, les regards qui se croisent, les mains qui se touchent, les baisers volés derrière une porte, les peaux qui se mélangent. C’est mélancolique, parfois très triste, mais jamais méchant, jamais brutal, douloureux mais jamais cruel…

Et puis ça sent l’île de Ré, la mienne, celle de mon, de notre, adolescence; il dit : « c’est populaire, l’île en ce temps là: il y a des campings, des congés payés, des tables pliantes sur le bord des routes, des bobs Paul Ricard. Ce n’est pas l’annexe de Saint Germain des Prés que c’est devenu. La pierre des murets est sombre, les volets vert bouteille… » « on fait la queue pendant des heures à l’embarcadère, on patiente dans une chaleur insoutenable… on hume l’air ou se mélangent des effluves de carburant et de sel marin, on contemple le scintillement à la surface des eaux… »

On est en 1984, il à 17 ans, l’année du bac il est bon élève, fils d’instituteur, il fait très bien ce que l’on attend de lui, à la fois timide et mal dans sa peau et en même temps, « il sait déjà qu’il est différent » ou plutôt il n’est pas ce qu’on voudrait qu’il soit et il est à l’aise avec lui, une forme de résistance non désirée, mais qui lui plait: il aime les garçons.

Dans son village des Charentes tout se sait et on sait que ce garçon réservé est particulier, mais il laisse couler; il n’aime pas trop la foule, il aime rester seul avec ses livres. Et,  il à remarqué un garçon, au fond de la cour,Thomas Andrieu , il se fait des films sur lui, il lui plait: celui ci est mystérieux, solitaire, beaucoup, il dégage un truc, il plait au filles, mais Thomas lui il s’en fout…

Un désir monte en lui …« Je le sens ce désir, il fourmille dans mon ventre, parcours mon échine. Mais je dois en permanence le contenir, le comprimer afin qu’il ne saute pas aux yeux des autres. Car j’ai bien compris que le désir est visible. L’élan aussi, je le sens. Je devine un mouvement , une trajectoire, quelque chose qui me porte vers lui, me ramène à lui tout le temps. Mais il me faut rester immobile. Me retenir. Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m’est douloureux comme sont douloureuses toutes les amours impossibles…« .

Et puis un jour Thomas lui donne rendez vous dans un bar miteux à l’autre bout de la ville. Là il lui dit qu’il lui plait, mais qu’il n’assume pas d’être attiré par lui, alors que si il veut, il peuvent être ensemble mais jamais personne ne devra le savoir…Et Philippe accepte ces conditions  il demande quand même: « pourquoi moi » et Thomas lui répond une phrase qui restera inoubliable pour l’auteur « …parce que tu partiras et que nous resterons… »

Leur corps se trouveront dans le gymnase du lycée et leur étreinte sera brûlante et sensuelle. Et puis pendant plusieurs jours le silence, Thomas fait tout pour l’éviter et la torture du manque: … »Je découvre la morsure de l’attente. Parce qu’il y a ce refus de s’avouer vaincu. de croire que c’est sans lendemain, que ça se reproduira pas. Je me persuade qu’il accomplira un geste dans ma direction, que c’est impossible autrement, que la mémoire des corps emmêlés vaincra sa résistance. Je me dis que c’était pas seulement une histoire de corps mais de nécessité. Qu’on ne lutte pas contre la nécessité. ou, si on lutte, on finit par avoir raison de nous. Je découvre la morsure du manque. Le manque de sa peau, de son sexe, de ce que j’ai possédé et qui m’a été retiré, qui doit m’être redonné, sous peine de démence… »

Quelle façon juste de décrire ces sentiments que j’imagine beaucoup ont connu, ce manque de l’autre, comment arriver à mettre des mots si juste, si fort ?…

Je sais, je suis une incorrigible romantique, rêveuse et sentimentale, mais moi ces mots me transportent, ils m’arrachent le cœur, et ravivent des sentiments éprouvés dans ma mémoire. Quel émerveillement pour une personne qui aime tellement la langue et pour qui les mots ont un vrai poids, une vraie histoire, de trouver quelqu’un qui les range aussi bien, qui jongle parfaitement avec les mots entre eux, faisant des phrases qui lui vont droit au cœur…  Quelle belle technique, ça marche et ça m’emballe en deux temps trois mouvements. Je suis dans un autre monde, j’ai 17 ans je suis en Charente et je suis spectatrice de cet amour naissant, je sais tout, je vois tout, je ressent tout, le bon le mauvais, je vis une autre vie, celle du personnage. Est ce vraiment la vie de l’auteur? Peu importe, vrai ou fausse cette histoire est émouvante, elle me transporte dans un autre monde, dans une autre vie que la mienne…Et fais vibrer mon cœur… Me donne du bonheur, ce bonheur de s’évader, de voyager ailleurs, dans un ailleurs qu’on ne connaîtra pas, d’être dans la peau d’un jeune garçon homosexuel, de connaitre ses émois, de vivre la vie de tant de personnes si différentes, sans sortir de ma tour d’ivoire, d’avoir connu tant de sentiments, tant de décisions à prendre, sans que cela n’influe sur mon quotidien… Mais aussi, ces vies nous permettent de sortir de notre zone à nous, de réfléchir à des ailleurs, à d’autres façons et nous permettront surement d’évoluer, nous, chaque jour, beaucoup plus qu’en étant uniquement centré sur nos seules vies…

Qu’arrive t’il à Philippe et Thomas, je n’ai pas envie de vous le dire, si vous avez envie de savoir, je vous laisserai continuer la lecture seul, sans moi, en buvant chaque phrases en dégustant chaque mots, chaque paragraphes choisis par l’auteur, l’histoire de 1984 sera importante dans la vie de l’auteur, il nous en donnera la teneur au fil des pages…

Juste encore quelques mots de l’auteur avant de terminer: …« Je dis: courage, mais il s’agit peut être d’autre chose. Ceux qui n’ont pas franchi le pas, qui ne se sont pas mis en accord avec leur nature profonde, ne sont pas forcement des effrayés, ils sont peut être des désemparés, des désorientés; perdus comme on l’est au milieu d’une foret trop vaste ou trop dense ou trop sombre… »

Merci Monsieur Besson de ce beau moment passé avec vos mots, merci de partager vos histoires, de faire que ça soit possible de les ressentir, de les vivre par procuration. Merci pour ce Thomas Andrieu que l’on devine sur la couverture du livre et qui donne un peu plus vie à votre amour de jeunesse, merci pour les belles paroles de James Dean dans Vivre vite, merci pour la rencontre d’Hélène et Mathieu dans cet hôtel de Lisbonne et surtout merci d’avoir partagé les derniers jours de Thomas (un autre) dans la maison de l’île de Ré avec moi, car ce livre, Mon frère, le premier que j’ai lu de vous, est pour moi inoubliable… Et merci pour tout les héros que vous avez écrit et que j’oublie…

Pardon à vous qui me lisez, je me suis emballé, je me suis rêvé avec Monsieur BESSON, j’ai vécu une autre vie, je me suis perdue dans mes délires littéraires, pendant quelques minutes…

La lecture, quel moyen formidable de voyager à travers le temps, à travers les vies, à travers les peaux…Quel beau moyen de s’évader et de quitter la grisaille quotidienne, quand elle pèse trop sur nos vies. Certains se cale devant la télé, moi je le fais aussi parfois, car c’est facile, mais quand j’ai besoin vraiment de déconnecter, je me prends un bon bouquin et je m’envole…

Bonne Saint Valentin à vous tous, en espérant que l’amour sous quelques forme qu’elle soit, fasse partie de vos vies, j’essaye pour ma part de vous transmettre le mien, mon temps, à travers ces mots que je partage avec vous…

Cricri.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Besson

Mon petit morceau de musique de la lecture: