Continuer…

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6 avril 2019 1 Par Les trucs à Cricri

Coucou, dans ma cueillette de livres de février à la librairie de ma ville, il y avait:

 CONTINUER de Laurent Mauvignier Editions minuit Poche 

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Je n’ai jamais lu cet auteur, c’est surement un tord, mais c’est un fait. Un jour au gré de mes fouilles et recherches sur un magazine ou internet, je tombe sur un film avec Virginie Efira sortie en Janvier 2019 pour la France. J’ai vu la bande annonce et j’ai eu très envie de voir ce film. Seulement en ce moment beaucoup de grosses productions américaines sortent et comme ça fait plus vendre qu’un petit film belge d’un réalisateur pas très connu: Joachim Lafosse, ce film n’ a pas été programmé dans mon cinéma habituel, ni dans le petit cinéma d’art et essais de ma ville.

Mais l’histoire me parlait beaucoup aussi j’ai décidé de lire plutôt le livre,

Sibylle, la quarantaine fraîchement divorcée, habite à Bordeaux avec son fils Samuel, lycéen. Elle, dans le milieu médical, fumeuse invétéré, mère démissionnaire, dépressive s’oublie dans son boulot et quand elle est à la maison,  traîne sur le canapé en peignoir remplissant le cendrier de mégots froids et avachie devant la télévision.

Samuel, réservé, sauvage, mal dans sa peau, erre avec une bande de zonard limite fachos et il déteste sa vie, sa mère…Tout quoi!

Un soir, alors qu’elle n’est pas encore rentré du boulot, après avoir été voir un match, Samuel boit des coups dans la rue, part en voiture avec ses deux compères à une fête organisé par un mec de la classe une sorte de bourge que Samuel ne fréquente pas. Ils boivent et foutent le bordel et vont jusqu’à agresser une fille sur laquelle Samuel flashe. Ils se retrouvent au poste et Sibylle doit y aller récupérer son fils. Les bornes sont dépassées et elle fait appel à Benoit le père de Samuel et ex, pour l’aider à trouver une solution pour que son fils cesse de partir en live et se reprenne. Celui ci à part faire le mariole en se moquant de son ex, bonne à rien et incapable d’élever son fils, n’apporte pas d’autres solutions que la pension à l’ancienne chez les cathos.

Et puis une nuit, elle a une idée elle va trouver l’argent pour faire le voyage et va partir avec son fils pendant plusieurs mois à cheval dans les montagnes du Kirghizistan (sibylle à des origines russes)  afin que son fils puisse s’y retrouver.  Apres la vente de sa maison d’enfance, la voila partie son fils sous le bras, à bout de bras, dans ces paysages sauvages et pas toujours hospitaliers. Le lien entre la mère et le fils est plus que distendu, ils parlent peu et lui s’enferme souvent dans son monde avec ses écouteurs et sa musique s’isolant du monde extérieur et se repliant sur lui même. Elle, gère le voyage, car avec ses  notions de russe elle arrive à se faire comprendre et parfois à se faire inviter chez les habitants qui leur préparent de bons ragoût, alternative joyeuse au repas déshydratés qu’ils ont au quotidien.

L’aventure n’est pas de tout repos, les corps sont douloureux, les rencontres parfois rocambolesques, voire même éprouvantes, mais au fur et à mesure les habitudes de leur duos s’installe, Samuel s’occupe des chevaux, du feu, il leur arrive même le soir à la fin de leur journée à cheval, que sauter à cru sur le dos de leur bêtes et de partir au galop sur une bonne longueur et de faire la course… Chacun se surveille du coin de l’œil, peu de mots, mais les partages se font, discrètement.

Le lien avec les animaux est aussi de plus en plus fort, et Samuel se surprend à ne plus mettre ses écouteurs, pour profiter des paysages et parler aux chevaux et les soignant. Une ouverture sur l’extérieur s’opère et pas que du coté du fils, la mère aussi, couche chaque jour des quantités de mots sur son cahier, qui attise la curiosité de Samuel, qui voudrait bien savoir ce que sa mère écrit… Elle aussi, refait son chemin,  elle revient sur son passé et ses rêves viennent l’obliger a réfléchir sur le sens de sa vie.

Les rencontres, le quotidien kirghize, les chevaux apporteront un nouveau souffle au deux Bordelais, et chacun réussira à reprendre pied dans la vie, que chacun a sa façon avait déserté. Ce voyage sera pour la mère une renaissance et pour le fils un épanouissement à la vie.

L’écriture est juste, très détaillée, les paysages sont très bien décrits, le lien entre les deux voyageurs et leur bêtes bien sentis, on sera pas dans le mélo plein de bons sentiments, comme je l’aime chez certains auteurs dont je tairai le nom, on est plus dans du brut, mais ce brut correspond bien à nos deux héros, qui se parlent très peu, ne se touchent pas, sont dans un rapport de regard, d’observation, plus que dans la tendresse.

L’écriture de l’auteur est aussi froide que leur rapports…Mais ceux qui ont eu des ados peuvent comprendre ce sentiment, le sentiment que l’autre te déteste, t’exècre au plus au point, tout en aillant absolument besoin de ta totale attention et disponibilité…

J’ai beaucoup aimé ce livre, lu dans un souffle. Un petit extrait d’ une émission de radio qui je trouve rend un bel hommage au livre: ici

C’est marrant car dans cette année j’ai lu quatre livres qui se passent dans ces endroits, dans ces déserts d’Asie, dans ses grandes plaines mongols avec ses chevaux, ses yourtes et ses traditions ancestrales.

Un polar YERULDELGGER de Ian Mannok, un inspecteur mongol retrouve le cadavre d’une petite fille enterré dans un camp, en parallèle la tuerie très gore d’un groupe de chinois, l’amène sur les pistes de son passé qu’il cherche a tout prix a éviter puisque trop douloureux. La corruption, la mafia, le pouvoir fera de son enquête un retour sur cette histoire et l’aideront peut être à avancer…

Sarah Marquis dans SAUVAGE PAR NATURE, 1000 jours de la Sibérie à l’Australie, traverse non sans mal ces pleines mongoles pas toujours avenantes ou accueillantes, il faudra à Sarah beaucoup de calme et de diplomatie pour réussir à échapper à ses hommes très alcoolisés qu’elle rencontrera sur sa route en solo ou ces habitants qui ne l’aideront pas à trouver ni nourriture ni eau. Le peuple décrit par la marcheuse n’est pas des plus chaleureux ni des plus hospitaliers.

Et puis cet autre témoignage Dans les pas du fils de Renaud et Tom Francois , lu il y a une année environ et vraiment la même histoire que celle de CONTINUER, elle est celle d’un père et son fils, mais pour le reste beaucoup de similitude, sauf que lui est éducateur je crois, moins paumé et c’est plutôt écrit sur le mode documentaire.

Une pale copie je trouve, même si j’ai beaucoup aimé ce récit!

A priori les textes de Mauvignier et celui du père et du fils datent les deux de 2016 lequel des deux est une copie?

Pas de mauvais procès, ces deux livres lus à une année d’écart sont tout les deux très agréables et enrichissants et l’évasion est au rendez vous…

Pour Mauvignier je crois que je re commettrait l’erreur d’en lire d’autres pour découvrir son écriture d’un peu plus prés…. 😉

Cricri.

PS: La petite chanson qui va bien avec: ICI