RUBRIQUE A MOT…

RUBRIQUE A MOT…

7 septembre 2019 2 Par Les trucs à Cricri

Et bonjour,

Heureuse de vous retrouver après cette petite pause estivale, l’été est passée à une allure frôlant un TGV à très grande vitesse.

Les vacances… Quelles vacances?

Honnêtement, 2 semaines c’est vraiment trop peu pour se défaire du rythme de l’année et pour mettre les pensées en pause et le corps au repos. J’ai frôlé la déprime au moment de la reprise, mon vieux corps criant au désespoir. Il est vrai que les quinze jours pris ce printemps pour le voyage en Thaïlande ont été bien plein et très actifs. Mon corps avait besoin d’une vraie pause, entre un lever à six heures tout les matins, des semaines oscillants entre 40 et 43 heures de travail, les 50 kilomètres aller/ retour chaque jour, plus la vie, j’aurai eu besoin d’une pause un peu plus longue. Pourtant ces « petites vacances » ont été très agréables et douces, pleine d’amour et de discutions, de partage.

Peut être y arriverais je l’an prochain, mais j’ai peu d’espoir que cela soit plus de 17 jours au lieu de 15. Ayant le projet de repartir, il me faudra partager mes 5 semaines en 2, donc « objectif plus de vacances en une seule fois » difficile.

Bref, c’est un souvenir déjà loin derrière, la routine du quotidien à repris son cours, les articles du blog, de retour une fois toute les quinzaines.

Une nouveauté, une nouvelle rubrique à laquelle j’ai pensé pendant l’été et qui m’inspire énormément, peut être celle ci vous inspirera t’elle à participer à commenter plus souvent,en public, sous forme de commentaires, sur le blog, ou en privé sur un mail, un SMS ou une discussion…

Une sorte de dictionnaire, « le petit Cricri 2019 » comme le Larousse, mais à la sauce Cricri.

Quand nous étions plus jeunes, ma sœur, mon père et moi avions l’habitude de nous donner un mot choisi par un de nous trois et chacun rédigeait quelques pages sur ce que lui inspirait le mot. Nous avons cessé cet échange épistolaire, mais l’idée m’en est revenu, car cela fait très longtemps que j’ai envie de vous parler du mot traité dans ce nouvel article, mais je ne savais comment le traiter. Cette nouvelle rubrique va me permettre de traiter de ce sujet et ouvrira la porte à bien d’autres, je compte sur vous pour me faire de nouvelles suggestions. J’espère que cette rubrique permettra à chacun de faire une introspection sur le mot, les articles sur l’écologie ont je crois éveillés quelques consciences, ont peut être facilité la mise en place de certains gestes dans vos vies, cette catégorie permettra surement à chacun de réfléchir à « sa définition « du mot.

Ce blog est pour moi un exutoire publique, mais j’espère qu’il est pour vous un espace de réflexion, un peu plus qu’un texte que vous lisez parce que vous m’aimez bien. Je n’ai pas la vocation de vous apprendre comment faire les choses, ni penser, mais juste partager mon expérience et mes connaissances et les mettre au service d’une réflexion commune.

Le mot dont je vous parlerai aujourd’hui est le mot: SOLITUDE

Ce mot, ou plutôt cette sensation est mon meilleur et mon pire ennemi. Peu de mots ne m’inspirent autant d’ambiguïté. De dégoût, de peur, de blues de larmes et en même temps d’attirance, d’envie, comme le chant des sirènes dans l’Odyssée d’Ulysse, si attirantes mais destructrices.

La solitude est ma compagne au quotidien, elle est tout le temps là, collée aux semelles de mes chaussures, prenant toute la place dans mon lit, les samedis soirs quand arrive l’heure de l’apéro, de la pizza, de Fort Boyard, quand on a envie d’un pique nique un soir d’été après le boulot et de rester jusqu’à la nuit en buvant du rosé, dans l’organisation des vacances, lors de l’explosion du chauffe eau un matin d’automne, quand il faut refaire la salle de bain et choisir les matériaux, les installer, quand il fait beau et qu’on pourrait aller au ski, quand en rentrant du boulot après une journée difficile on voudrait partager, geindre et raconter ce qui nous fout le bide en vrac, quand les larmes coulent toutes seules et qu’il n’y a pas de bras ou se réfugier…

J’en oublie tant de ces moments ou elle est une ennemie jurée…

Et puis elle est ma meilleure amie, car elle me laisse passer mon samedi après midi sur ma machine à coudre à faire des culottes, choisir le film au ciné: un truc ou il se passe rien avec les acteurs que j’aime, la musique qui tourne en boucle dans l’appartement, choisir la couleur du mur de la salle de bain, un violet/ aubergine bien foncé pour satisfaire mon amour surdimensionné du violet, mettre mes culottes que je me suis cousues sans donner d’avis « négatif », ne pas sortir même s’il fait beau dehors, rester dans ma tour d’ivoire du vendredi soir au lundi matin, sans éprouver de culpabilité, ne pas avoir de conflit, ne pas avoir à supporter un avis opposé au mien et devoir justifier mes choix…

Elles est une partenaire dont je me passerai bien, car elle est souvent bien trop présente, oppressante, inquiétante, envahissante, elle fais de moi un être à part. Elle m’exclue au fur et à mesure de la vie, des autres, de leur mode de pensées, de leur habitudes, elle me fait croire que le monde est toujours en accord avec moi, qu’il n’y a pas à imposer mon avis, pas à me battre pour faire ce que j’ai envie. Elle me donne une facilité à vivre avec moi même sans résistance et me rend handicapée des rapports avec les autres une fois retourné dans la vie. Elle m’apprends à savoir ce que je veux, moi, qui je suis, là ou je veux aller et ça c’est cool, je sais qui je suis, je suis de bonne compagnie, mais pour moi même uniquement car quand je me retrouve en société je suis totalement perdue, dans un tourbillon d’opposition , de caractère différents, d’avis tellement inconnus, et je ne suis plus armée pour cela.

Longtemps j’ai lutté contre ce sentiment qui était trop trop présent dans mon quotidien. Je n’ai pas choisi mon célibat, j’avais trouvé celui avec lequel je me voyais vieillir, celui qui faisait que les concessions étaient faciles et la vie douce. Mais lui ne l’entendait pas ainsi, un jour il ne m’a plus aimé et m’a demandé de partir ne me laissant aucune chance de retour. J »ai sombré dans cette solitude, comme après un plongeon, j’ai bien failli m’y noyer… Une rupture quoi, un truc de dingue qui déstabilise la totalité de ton équilibre, qui fait que ta confiance en toi quitte la totalité de ton corps, tu n’est plus du tout aimable, puisque celui qui devait partager ta vie te repousse, te refuse. Je me suis battue pour ne pas qu’elle prenne toute la place dans ma vie, une place pour l’autre, pour celui qui arrivera un jour, peut être, mais petit à petit elle grignote ton espace, elle fait amie amie, elle s’incruste, elle t’encercle et t’isole.

Car la frontière entre solitude et isolement est infime.

J’aimerai tellement avoir un compagnon de quotidien, quelqu’un avec qui parler, partager, dormir, même si au dire « des gens en couple » le quotidien n’est pas si rose à deux. L’autre n’est pas toujours à l’écoute, n’a pas toujours envie de partager, il apporte peu le réconfort recherché, il n’ a pas toujours la même idée des vacances, de la couleur de la salle de bain ou du film que toi, mais l’autre fait de toi un être sociable, adaptable, qui t’aide à garder un pied dans l’Autre, dans le partage, dans la communauté, alors que la solitude te fais te centrer sur toi, te pousses sans arrêt sur la limite et tente par tout les moyens à t’exclure du monde, des autres et du partage. Elle t’emmène dans un monde on l’autre n’ a plus de rôle ou tu es totalement seule: l’isolement.

Pourtant nombreux sont ceux qui donnerait bien un peu de leur part de partage pour passer un jour ou deux en solo.

Mais il y a une différence entre un ou deux jours, une semaine, quand tu sais qu’au bout du chemin il y a un retour à l’autre, au partage, au bout du téléphone un numéro à composer pour quand tu vas pas bien, un weekend ou un projet à deux en perspective…

Quand tu es seule, demain tu seras seule, après demain aussi , dans un mois toujours, dans dix ans encore, le jour de ta mort définitivement seule, la solitude est un état qui n’a pas de date de péremption. Un peu comme un désert que tu traverses et qu’on te parle d’un oasis; tu vas te battre pour arriver à l’oasis, tu vas combattre ta soif, ton envie d’abandonner. Mais si on te dis que tu sortira jamais de ce désert, tu te bats un temps, car tu crois pas ce que l’autre t’as dit, mais un jour ton courage n’est plus là; tu trouves un coin, tu te poses et tu attends la mort en pensant en rêvassant à tout ce que tu as partagé.

La solitude, la vraie, c’est celle qui ne promet pas de demain avec l’autre, celle qui dit « tu es devenue associable mais tu vas le rester car je n’ai personne pour toi sur cette terre ». Et du coup celle qui te sort et qui t’isole.

Je ne suis pas la seule à vivre ça, nous sommes des milliers, des milliards à vivre seul, le marché qui a le plus pris de place ces dernières décennies et celui des rencontres, des clubs de partage.

Beaucoup d’entre vous se disent en lisant cet article, « mais tu n’es pas seule, tu as ta famille, tes amis, tes enfants ».

C’est vrai, heureusement car je ne suis pas encore vraiment dans l’isolement, mais comptez le temps que vous passez chez vous. Le temps que vous passez avec vos amis, votre famille est un pourcentage infime de votre vie, les enfants une fois quittés la maison, ils font leur vie et vous les voyez aussi souvent que votre famille. Une fois retiré le travail qui lui donne un vrai rôle social, vous garde dans la communauté. Je vois mes copines une fois par mois, deux fois les bons mois, ma fille, ma sœur, deux fois aussi, mon fils deux fois par an ( 😉 ) mes parents, ma famille trois quatre fois dans l’année, c’est assez peu, mais chacun fait sa vie, reste quand même beaucoup de temps de solitude.

Attention je ne fais pas cet article pour me plaindre ou culpabiliser qui que ce soit, je veux juste constater la solitude des gens aujourd’hui.

Avant les gens restaient en famille, vivaient ensemble toute leur vie, dans une même maison, on se serrait les coudes, la vie fait aujourd’hui que chacun vis un peu replié sur lui même, on connais pas toujours son voisin de palier, on s’intéresse de moins en moins à qui est l’autre, on aime beaucoup parler de soi quand on rencontre l’autre, mais on pose peu de question sur ce qu’il aime, ce qu’il est, du coup la personne ne donnera pas suite. La pub, la société nous a appris à consommer les gens comme des boites de conserves: on va au magasin, on choisi, on ouvre la boite, on consomme ce qu’on a besoin et on jette; sans penser au conséquences sur cette matière jetée. Aujourd’hui, on rencontre quelqu’un, on parle cinq minutes, on couche ensemble, souvent on donne pas suite, parfois y a une suite, alors on s’installe ensemble, on vis ensemble cote à cote en gardant ses habitudes en partageant pas vraiment nos pensées, notre passé; et un matin on se réveille, on n’aime plus l’autre et on lui demande de disparaître de notre vie, car faudrait pas qu’il nous encombre, ça nous gênerais pour retourner faire notre marché…

Plus de femmes se retrouvent seules et ne refont pas leur vie, car souvent elles ont renoncées à leur « ancienne vie » quand elles se sont mise en couple ou en tout cas quand elles sont devenues mères, les mecs eux gardent en général leur bande de potes; du coup quand le couple éclate, que les enfants quittent le nid la femme se retrouve seule. Ses seules amies encore présentes, elles les voit assez rarement pour des soirées entre filles, elles sont très peu invitées lors de soirées de couples, car une femme seule c’est une tentation pour les maris, alors qu’un homme seul n’est pas une menace pour ces dames, donc leur chance de rencontrer  » le pote célibataire du mari de la copine » sont quasi inexistante.

« Pourtant t’es jolie, intelligente, tu vas rencontrer quelqu’un… »

Je l’ai entendu cent millions de fois, ben oui je suis aimable et pourtant je suis seule!

Et je deviens « une vieille fille », celle qui fait peur aux enfants, qui a du poil au menton, une verrue sur le nez, celle qui supporte personne et qui devient aigrie, une « vieille fille » diront les gens bien casés qui « eux » sont des gens fréquentables, car non content d’être seul et exclu de la vie en société le solitaire devient un exclu qui est vraiment devenu invivable, parce que bien sur en plus d’être seul il a mauvais caractère , il a qu’a rester dans son coin et pas faire chier les autres…

A un age relativement proche du mien on passe de « célibataire » à « vieille fille ». Il y a la date de péremption qui commence à faire « bip/bip bientôt elle sera impropre à la consommation ». Certains m’ont déjà dit qu’a mon age eux il se suiciderait car « a quoi bon »…

La solitude est très très rarement choisie, l’homme et la femme ne sont pas des êtres solitaires, ils sont élevés pour le partage, pour le regard de l’autre, le soutien de l’autre, qui n’aime pas débriefer sur sa journée, sur ces problèmes, même sur ces bonheurs? L’humain est un être sociable, il n’est pas fait pour vivre seul, la preuve: pour se reproduire il a besoin d’un autre , il doit être deux et chacun recherche celui ou celle qui s’imbriquera parfaitement dans sa vie, pour être complet, il restera bancal sans ce double ou déséquilibré si la pièce n’est pas la bonne.

Pour conclure ce plaidoyer contre la solitude, je pense que ce sentiment véritable poison de l’âme humaine ne doit pas être considéré chez l’autre comme une défaut on une qualité, la connerie en revanche est elle très souvent choisie; il n’est pas une part de la personne en face, elle est une option non voulue, comme la maladie, elle fait partie de la vie des humains de plus en plus dans l’indifférence, mais n’est en aucun cas une caractéristique et ne doit être utilisé envers les êtres la subissant comme d’une arme de destruction.

A quand une application qui permettrai de matérialiser un compagnon virtuel pas trop chiant, sympathique, à l’écoute et qui s’opposerai à ma peinture violette/aubergine (trop tard elle est déjà en place 😉 ). Ou alors une vraie rencontre à l’ancienne avec un cinquantenaire intelligent et bien sous tout rapports qui viendrait casser cette spirale de l’isolement?


Pour la plupart des hommes, la guerre est la fin de la solitude. Pour moi, elle est la solitude définitive.
ALBERT CAMUS Carnets, Gallimard

Cricri

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